
Tunisie: un scientifique en grève de la faim depuis deux semaines
AP 12.04.06 22:53
TUNIS (AP) -- Un scientifique tunisien, le Pr Moncef Ben Salem, observe une grève de la faim depuis deux semaines pour dénoncer les "persécutions" dont il se dit victime de la part des autorités, a-t-il expliqué mercredi à l'agence Associated Press. Les autorités affirment cependant que M. Ben Salem "est actuellement libre de ses mouvements et ne fait l'objet d'aucune restriction". "Depuis 19 ans, je mène une vie infernale allant de la prison, à l'état de siège, aux tracasseries policières permanentes pour moi et pour les membres de ma famille", a déclaré cet ancien enseignant et co-fondateur de la faculté des sciences de Sfax, à 270km au sud de Tunis. Selon un communiqué officiel, le Pr Ben Salem avait été condamné le 27 septembre 1987 dans une affaire criminelle liée à ses activités au sein du mouvement terroriste "Ennahdha", et ce pour "complicité dans la préparation et l'exécution d'un complot terroriste visant à modifier par la violence la forme de l'Etat". Tout en admettant en être "partisan", l'intéressé nie toute appartenance à ce mouvement islamiste dissous en 1992. "Sinon j'aurai écopé de la prison à vie", affirme-t-il. Selon lui, il a été condamné à trois ans de prison en 1990 pour "diffamation et diffusion de fausses nouvelles" lors d'une interview accordée à la presse. "Depuis que j'ai quitté la prison, je suis sans salaire, sans travail, sans assurance-maladie et sans passeport", dénonce-t-il en précisant que deux de ses fils et sa femme viennent se sont vu délivrer récemment leur document de voyage. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il a confié avoir emprunté "secrètement auprès de proches" près de 100.000 dinars (plus de 60.000 euros). Par ailleurs, plusieurs demandes présentées depuis 17 ans aux autorités compétentes pour récupérer son salaire et réintégrer son poste sont restées sans lendemain. Selon cet ancien de Jussieu (Paris) où il a obtenu un doctorat de spécialité en physique théorique et un doctorat d'Etat en mathématiques, "la goutte qui a fait déborder le vase" a été "le renvoi" de son fils Oussama de la faculté de Sfax pour son "activité syndicale". Pour les autorités, il s'agit là d"'allégations infondées". Selon la même source, l'étudiant "connu pour son appartenance à un courant extrémiste et pour ses activités visant à entraver la bonne marche des études" est accusé d'avoir "participé avec un groupe d'éléments cagoulés à la destruction d'un mur dans l'enceinte de la faculté". Le conseil de discipline de l'établissement lui aurait infligé "un blâme", sans renvoi. Son père, s'inscrit en faux contre cette version des faits. Tout en confirmant avoir reçu mercredi notification du blâme, il fait valoir que le conseil de la faculté s'était en fait ravisé après avoir décidé le renvoi dans un premier temps. Il se déclare néanmoins déterminé à poursuivre sa grève de la faim jusqu'à l'obtention de ses droits.
AP

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